L’interview de la serialmother : Valérie Tong Cuong, écrivain

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Valérie Tong Cuong est une écrivain (sur)douée  dont le onzième roman vient de paraitre. Magnifique, Par Amour est un ouvrage dont le titre est déjà une jolie promesse.

Dans ce roman, elle raconte le destin de deux soeurs, Muguette et Emline, prises dans la tourmente de la seconde guerre mondiale, au Havre. Comment vivre, survivre, sauver ses enfants ? Comment accepter l’inacceptable, la maladie, la peur ? Comment garder espoir quand il faut faire face à l’insoutenable ?

Valérie Ton Cuong décrit à merveille le Havre anéanti des années 40 ainsi que les sentiments que ressentent chacun des personnages.

On vibre, on tremble, on aime, on retient son souffle. Divin.

Elle a accepté de m’en dire plus sur sa vie d’écrivain et de maman de 4 enfants .

SERIALCV

Nom TONG CUONG

Prénom :   Valérie

Age : 52 ans

Situation de famille :  Mariée

Métier : Ecrivain

Prénom et âge de vos enfants : Jade, 28 ans, Justine, 21 ans, Solal, 18 ans, Siouxsie, 12 ans

SERIALQUESTIONS

 Vous êtes écrivain à succès et venez de publier un très beau roman, Par Amour (Lattès) qui raconte la vie d’une famille du Havre pendant la 2ème guerre mondiale. Comment est né ce roman ?

Ma famille maternelle est havraise. J’ai grandi avec la conscience que la guerre au Havre avait été une tragédie à la fois immense et méconnue. L’empreinte de leur douleur était presque tangible. J’ai voulu comprendre ce qu’avaient traversé les gens ordinaires, hommes, femmes, adultes, enfants. Très vite, la nécessité d’écrire un roman s’est imposée.

Comment avez vous réuni tous les faits historiques, parfois méconnus, de votre roman ?

C’était compliqué. Beaucoup d’archives avaient été détruites lors de l’anéantissement de la ville en septembre 1944.  Il fallait retrouver des témoignages, et si possible des témoins, sachant que, plus de 70 ans après les faits, beaucoup ont disparu. J’ai effectué de nombreuses recherches via internet et les bibliothèques, les sites spécialisés mais j’ai surtout eu la chance de rencontrer un érudit passionné de livres et d’histoire qui avait repris le fond du dernier bouquiniste du Havre, et la réalisatrice d’un formidable documentaire « Loin des bombes » qui avait longuement travaillé sur les évacuations d’enfants. Ces deux personnes m’ont généreusement offert leurs dossiers, recherches, documents, contacts. Et j’ai finalement rencontré des hommes et des femmes qui avaient été aux premières loges de ces événements inouïs. J’ai aussi, bien entendu, fait appel aux récits et témoignages de ma propre famille.
Qu’avez vous appris que vous ignoriez sur cette période de la 2ème mondiale en écrivant ce livre ?

Je savais que le Havre avait été pris en étau entre l’Occupation allemande et les bombardements anglais, mais j’ignorais à quel point la ville et ses habitants avaient souffert durant quatre ans, luttant à chaque instant pour survivre, se nourrir, se protéger jusqu’à l’anéantissement final, lorsqu’en septembre 44, en deux fois deux heures, les bombardiers ont rasé 85% du Havre, laissant un immense champ de poussière et de désolation, et faisant des milliers de victimes.

Par ailleurs, si je savais que les enfants avaient été évacués de la ville pour les protéger des bombes, j’ignorais que des centaines d’entre eux avaient été envoyés en Algérie. Et que beaucoup, partis pour quelques mois, se sont trouvés contraints de rester sur place après que les Alliés ont débarqué en Afrique du Nord, en 42, bouleversant la configuration de la guerre.

Vos personnages sont très attachants. Pour vous, l’auteure, ça a été difficile de vous en séparer ? De poser le point final ? Sont ils inspirés de vrais personnes ?

Ils sont tous des composites de diverses personnes qui ont réellement existé, dont j’ai lu ou entendu le témoignage – à commencer par des membres de ma propre famille. J’y suis indiciblement attachée, et je vis encore aujourd’hui parmi eux, ils me frôlent, m’accompagnent (à moins que ce soit l’inverse), me parlent, morts comme vivants. Je pense sans cesse à ce qu’ils ont traversé, le combat de ces pères, ces mères, les regards effarés puis grandis des enfants, ces décisions qui leur ont parfois, à tous, arraché le coeur, et leurs joies immenses aussi, lors des retrouvailles. Toutes ces émotions continuent à vivre en moi, d’autant que je les retrouve dans les retours, le partage de mes lecteurs.

Quel est le plus beau compliment qu’on puisse vous faire sur Par Amour ? 

Que c’est un livre qui a tellement touché que l’on tient à l’offrir à quelqu’un qu’on aime : ce compliment en contient beaucoup d’autres.

Avez vous un rituel d’écriture ? (écrire tant d’heures par jour ? A quel endroit ? Dans le bruit ou le silence ? En ayant déjà tout en tête ou pas ? délai ?)

J’ai besoin de solitude pour écrire. Fixer un rituel serait illusoire pour une mère de famille nombreuse, car les imprévus surgissent sans cesse. Mais il arrive que j’impose mon « temps d’écriture » aux miens, lorsque je suis happée par les personnages et que la nécessité d’écrire efface tout le reste. Alors je m’isole, pas forcément physiquement, mais en moi. Je peux alors effectuer tous les gestes du quotidien en étant « dans ma bulle ».

Qui sont vos premiers lecteurs ? Vos enfants ont déjà lu vos livres ? Si oui, ils en pensent quoi ?
Mon premier lecteur est mon mari, qui partage ma vie depuis bientôt 23 ans. Il est cash, dit ce qu’il pense, et il a un œil très intéressant sur le texte. Puis c’est mon éditrice. Mes trois enfants les plus âgés ont lu certains de mes livres, pas tous. Ils sont fans, mais peut-être pas très objectifs ?
 Ils comprennent votre métier ? 

Oui. Ils savent que je suis parfois là sans être là, ou encore que je traverse certaines périodes très chargées durant lesquelles je suis souvent loin de la maison, en librairie ou en salon pour défendre mon livre. Ce n’est pas toujours facile pour eux. Mais ils savent aussi qu’ils demeurent ma priorité.

Difficile de concilier vie pro et vie de maman ?

C’est difficile par moments, bien sûr. Il faut faire des choix, renoncer parfois à de belles invitations, ou même à des collaborations ou des projets qu’on sait très chronophages pour continuer à assurer le quotidien et être à l’écoute des questions existentielles… quand parfois on en a soi-même. C’est aussi acrobatique aussi d’essayer de tout anticiper lors des périodes d’absence. Mais ces difficultés sont aussi l’occasion de leur rappeler, non seulement que rien n’est jamais parfait, mais aussi que tout choix à un coût, et surtout qu’une bonne mère, c’est aussi une femme épanouie, qui poursuit ses propres objectifs et ses rêves.

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier de vos enfants ?

Leur solidarité et leur générosité. Ils forment un clan, sont toujours là les uns pour les autres et pour leur famille au sens large, mais sont aussi très attentifs à autrui et à leur environnement. Ils ont en commun l’humour, tout en ayant des tempéraments très différents, et ils savent oser, voire prendre des risques pour défendre leurs convictions. Bref, ils m’épatent, tous les quatre !

Que voulez-vous leur transmettre ?

Une certaine philosophie de la vie, agir en s’interrogeant sur ce qui est juste pour l’autre comme pour soi, toujours accepter la différence d’état et de point de vue, savoir se remettre en question et rire de soi-même, se souvenir que les épreuves et les échecs sont des leçons qui nous font grandir, savoir accepter les compromis mais toujours refuser la compromission et surtout aimer, aimer la vie, en profiter à fond, en se souvenant qu’elle est une dualité, que le bonheur est le chemin et non le bout du chemin ! Un travail quotidien sur soi auquel je m’applique également.

Votre journée idéale en famille ?

La journée idéale, c’est une journée de vacances : découvrir ensemble un endroit inconnu, déjeuner et rire, discuter, jouer, faire des rencontres, en laissant de côté tout ce qui perturbe et soucie. En étant tous ensemble, ce qui n’est pas si simple, car ayant des âges très différents, les enfants sont souvent dispersés.

Un mot que vous leur glissez avant le dodo ?

Je t’aime.

52

 

Situation de famille  Mariée

 

Métier Ecrivain

 

Prénom et âge de vos enfants

Jade, 28 ans, Justine, 21 ans, Solal, 18 ans, Siouxsie, 12 ans

SERIALKIDS

 Vous êtes écrivain à succès et venez de publier un très beau roman, Par Amour (Lattès) qui raconte la vie d’une famille du Havre pendant la 2ème guerre mondiale. Comment est né ce roman ?

Ma famille maternelle est havraise. J’ai grandi avec la conscience que la guerre au Havre avait été une tragédie à la fois immense et méconnue. L’empreinte de leur douleur était presque tangible. J’ai voulu comprendre ce qu’avaient traversé les gens ordinaires, hommes, femmes, adultes, enfants. Très vite, la nécessité d’écrire un roman s’est imposée.

Comment avez vous réuni tous les faits historiques, parfois méconnus, de votre roman ?

C’était compliqué. Beaucoup d’archives avaient été détruites lors de l’anéantissement de la ville en septembre 1944.  Il fallait retrouver des témoignages, et si possible des témoins, sachant que, plus de 70 ans après les faits, beaucoup ont disparu. J’ai effectué de nombreuses recherches via internet et les bibliothèques, les sites spécialisés mais j’ai surtout eu la chance de rencontrer un érudit passionné de livres et d’histoire qui avait repris le fond du dernier bouquiniste du Havre, et la réalisatrice d’un formidable documentaire « Loin des bombes » qui avait longuement travaillé sur les évacuations d’enfants. Ces deux personnes m’ont généreusement offert leurs dossiers, recherches, documents, contacts. Et j’ai finalement rencontré des hommes et des femmes qui avaient été aux premières loges de ces événements inouïs. J’ai aussi, bien entendu, fait appel aux récits et témoignages de ma propre famille.
Qu’avez vous appris que vous ignoriez sur cette période de la 2ème mondiale en écrivant ce livre ?

Je savais que le Havre avait été pris en étau entre l’Occupation allemande et les bombardements anglais, mais j’ignorais à quel point la ville et ses habitants avaient souffert durant quatre ans, luttant à chaque instant pour survivre, se nourrir, se protéger jusqu’à l’anéantissement final, lorsqu’en septembre 44, en deux fois deux heures, les bombardiers ont rasé 85% du Havre, laissant un immense champ de poussière et de désolation, et faisant des milliers de victimes.

Par ailleurs, si je savais que les enfants avaient été évacués de la ville pour les protéger des bombes, j’ignorais que des centaines d’entre eux avaient été envoyés en Algérie. Et que beaucoup, partis pour quelques mois, se sont trouvés contraints de rester sur place après que les Alliés ont débarqué en Afrique du Nord, en 42, bouleversant la configuration de la guerre.

Vos personnages sont très attachants. Pour vous, l’auteure, ça a été difficile de vous en séparer ? De poser le point final ? Sont ils inspirés de vrais personnes ?

Ils sont tous des composites de diverses personnes qui ont réellement existé, dont j’ai lu ou entendu le témoignage – à commencer par des membres de ma propre famille. J’y suis indiciblement attachée, et je vis encore aujourd’hui parmi eux, ils me frôlent, m’accompagnent (à moins que ce soit l’inverse), me parlent, morts comme vivants. Je pense sans cesse à ce qu’ils ont traversé, le combat de ces pères, ces mères, les regards effarés puis grandis des enfants, ces décisions qui leur ont parfois, à tous, arraché le coeur, et leurs joies immenses aussi, lors des retrouvailles. Toutes ces émotions continuent à vivre en moi, d’autant que je les retrouve dans les retours, le partage de mes lecteurs.

Quel est le plus beau compliment qu’on puisse vous faire sur Par Amour ? 

Que c’est un livre qui a tellement touché que l’on tient à l’offrir à quelqu’un qu’on aime : ce compliment en contient beaucoup d’autres.

Avez vous un rituel d’écriture ? (écrire tant d’heures par jour ? A quel endroit ? Dans le bruit ou le silence ? En ayant déjà tout en tête ou pas ? délai ?)

J’ai besoin de solitude pour écrire. Fixer un rituel serait illusoire pour une mère de famille nombreuse, car les imprévus surgissent sans cesse. Mais il arrive que j’impose mon « temps d’écriture » aux miens, lorsque je suis happée par les personnages et que la nécessité d’écrire efface tout le reste. Alors je m’isole, pas forcément physiquement, mais en moi. Je peux alors effectuer tous les gestes du quotidien en étant « dans ma bulle ».

Qui sont vos premiers lecteurs ? Vos enfants ont déjà lu vos livres ? Si oui, ils en pensent quoi ?
Mon premier lecteur est mon mari, qui partage ma vie depuis bientôt 23 ans. Il est cash, dit ce qu’il pense, et il a un œil très intéressant sur le texte. Puis c’est mon éditrice. Mes trois enfants les plus âgés ont lu certains de mes livres, pas tous. Ils sont fans, mais peut-être pas très objectifs ?
 Ils comprennent votre métier ? 

Oui. Ils savent que je suis parfois là sans être là, ou encore que je traverse certaines périodes très chargées durant lesquelles je suis souvent loin de la maison, en librairie ou en salon pour défendre mon livre. Ce n’est pas toujours facile pour eux. Mais ils savent aussi qu’ils demeurent ma priorité.

Difficile de concilier vie pro et vie de maman ?

C’est difficile par moments, bien sûr. Il faut faire des choix, renoncer parfois à de belles invitations, ou même à des collaborations ou des projets qu’on sait très chronophages pour continuer à assurer le quotidien et être à l’écoute des questions existentielles… quand parfois on en a soi-même. C’est aussi acrobatique aussi d’essayer de tout anticiper lors des périodes d’absence. Mais ces difficultés sont aussi l’occasion de leur rappeler, non seulement que rien n’est jamais parfait, mais aussi que tout choix à un coût, et surtout qu’une bonne mère, c’est aussi une femme épanouie, qui poursuit ses propres objectifs et ses rêves.

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier de vos enfants ?

Leur solidarité et leur générosité. Ils forment un clan, sont toujours là les uns pour les autres et pour leur famille au sens large, mais sont aussi très attentifs à autrui et à leur environnement. Ils ont en commun l’humour, tout en ayant des tempéraments très différents, et ils savent oser, voire prendre des risques pour défendre leurs convictions. Bref, ils m’épatent, tous les quatre !

Que voulez-vous leur transmettre ?

Une certaine philosophie de la vie, agir en s’interrogeant sur ce qui est juste pour l’autre comme pour soi, toujours accepter la différence d’état et de point de vue, savoir se remettre en question et rire de soi-même, se souvenir que les épreuves et les échecs sont des leçons qui nous font grandir, savoir accepter les compromis mais toujours refuser la compromission et surtout aimer, aimer la vie, en profiter à fond, en se souvenant qu’elle est une dualité, que le bonheur est le chemin et non le bout du chemin ! Un travail quotidien sur soi auquel je m’applique également.

Votre journée idéale en famille ?

La journée idéale, c’est une journée de vacances : découvrir ensemble un endroit inconnu, déjeuner et rire, discuter, jouer, faire des rencontres, en laissant de côté tout ce qui perturbe et soucie. En étant tous ensemble, ce qui n’est pas si simple, car ayant des âges très différents, les enfants sont souvent dispersés.

Un mot que vous leur glissez avant le dodo ?

Je t’aime.

 

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