Le monde d’après ?

Vers avril (le 12 à 10H05 précises), l’expression « monde d’après » a fait son apparition ici et là. A qui doit-on cette expression ? Qui a eu cette idée hasardeuse que comme dans un film américain avec Bruce Willis, il y aurait un monde d’après ?

Comme si ce terrible épisode Covid (qui est loin d’être fini), on allait tous être gentils, bienveillants, drôles, sympas.

Comme si le monde entier allait se tenir la main pour former une ronde de l’amitié.

Comme si la racisme, la violence, la pauvreté allaient s’envoler.

Comme si plus jamais personne ne serait en danger.

Comme si tout allait redevenir, non pas avant, mais comme après avec l’idée que Après serait forcément mieux qu’Avant.

Bah mon coco, oui toi qui a inventé cette expression, tu t’es planté. Pas grave, on t’en veut pas, on ne sait jamais comment sera l’après (enfin pour Jésus ça a été cool mais ceci n’est pas le sujet).

Le monde est pareil, pire encore je crois bien. La haine est à son comble, tu te prends une droite si tu oses demander à quelqu’un de mettre un masque, tu te prends une droite si tu as un maillot du PSG à Marseille, tu te prends une droite si tu oses demander comment va se passer la rentrée de tes kids.

J’ai vaguement le sentiment que ce monde là ne va pas aller de « mieux en mieux ». On ne va jamais mieux si on ne soigne pas le mal initial.

Pas de chance, le « monde d’après » fera un bon titre de livre ou de chanson. Au mieux.

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L’interview de la maman déconfinée, Caroline Caen alias Miss Bêtises

Caroline est une de mes meilleures amies. On s’est connues dans un open space il y a 14 ans alors que je n’avais encore qu’un seul enfant et elle aucun. Lorsqu’on s’est mises à chanter du Brel, du Barbara, du Reggiani et du Cloclo on a su qu’on deviendraient amies.

Depuis nous ne sommes plus dans un open space, elle a une fille, moi 3 autres enfants et on se retrouve régulièrement pour un week-end entre filles ou une soirée à chanter.

A côté de son boulot, elle a créé le compte de chansons parodiques Miss Bêtises sur Instagram. Je vous conseille d’aller y faire un tour et même de vous abonner !

Comment a t-elle vécu ce confinement ? Elle me dit tout.

Nom  CAEN

Prénom Caroline

Age 40 ans

Situation de famille ? En couple, une fille

Age de ta fille ? 6 ans

Métier ? DirCom dans une agence media 

Lieu de confinement ? Un endroit qui ne figure même pas sur Google Earth / Gadancourt – Dans le Val D’oise

Comment as tu réagi à l’annonce du confinement ? J’avoue que ça m’a serré le cœur lorsque le président a fait l’annonce. J’ai pensé que la situation était grave. La fermeture des écoles m’a particulièrement choquée. Que notre système éducatif soit ainsi impacté, j’ai pensé qu’on traversait quelque chose de vraiment sérieux. Que nos enfants ne puissent plus (pour un temps indéterminé) apprendre, rire et s’amuser avec leurs camarades, c’est frapper au cœur même de ce qui construit notre société.

Ensuite, tout est allé très vite, on a préparé les sacs pour se confiner à la campagne. On a eu cette immense chance d’avoir cette alternative. Le départ ressemblait à une fuite précipitée. J’ai vidé tous nos tiroirs directement dans nos valises sans même faire le tri. J’ai tout pris, de peur d’oublier quelque chose. On a évidemment embarqué avec nous nos deux tortues et notre poisson rouge. Impossible qu’ils ne traversent pas cette aventure avec nous.

Elisa a préparé son petit sac à dos avec ses peluches préférées. Nous avons essayé de ne pas l’affoler. Pour Elisa, ça sonnait plus comme une aventure et la fin de l’école, une sorte de miracle inespéré.

Très étrange, en claquant la porte de l’appartement, presque vide, j’avais le sentiment qu’on ne reviendrait jamais. J’ai voyagé dans notre voiture débordante de sacs et de provisions, avec l’aquarium des tortues sur les genoux. Epique, surtout pour elles. 

Déconfinée maintenant ?Après le 11 mai, nous sommes restés à la campagne. Donc je ne me sentais pas vraiment déconfinée. Rien de ma vie quotidienne n’avait à ce moment réellement changé si ce n’est une après midi « parenthèse bucolique » où j’ai pu revoir de très proches amies. On n’a pas pensé au Corona ce jour là. C’était une journée normale, de discussions, de rires  et de chansons , à la distanciation sociale prêt.

Je suis à Paris maintenant depuis près d’une semaine. J’étais très contente de rentrer. Mes premières sorties m’ont semblées normales au port du masque près dans les lieux fermés. J’ai pu revoir des amis. J’essaye de vivre le plus normalement possible en faisant attention.

Déconfite ? J’ai des jours avec et des jours sans. Parfois emprunte d’un optimisme à toute épreuve et le lendemain … vous devinez ! Mais pas déconfite, car je je me dis que les choses ne peuvent que s’arranger.

Le truc le plus inattendu que tu as fait pendant le confinement ? Me laver tous les jours (ahahaa) Non ! Une vidéo avec Elie Semoun dans le cadre de mes activités parallèles. Totalement incongru !

Ecole ou pas école ? Et l’école à la maison ça a été (ou c’est)…comment ?Elisa a repris ce matin. Elle est contente et nous sommes confiants.

Nous pensons que c’est important qu’elle retrouve un peu de lien social en retrouvant ses camarades même si nous l’avons bien prévenu que ce serait légèrement diffèrent.

Quant à l’école à la maison, nous avons manqué de régularité et Elisa de concentration, ce qui n’a pas fait bon ménage. Mais j’ai aimé lui consacrer ce temps et qu’elle soit fière quand elle arrivait enfin à déchiffrer un mot. J’ai pour ma part bien révisé mon alphabet, donc bénéfices partagés.

Tu tiens la page MISS_BETISES sur laquelle tu fais des chansons parodiques. Tu as continué de travailler durant cette période ? Oui énormément. Enfin travaillé… Je m’amuse tellement avec cela que ça ne me semble pas du tout du travail.

L’avantage d’une telle situation si inédite et au cœur de l’actualité, c’est que c’est très inspirant. Presque chaque jour, de nouvelles idées de parodies naissaient. Ça m’a probablement beaucoup aidé à vivre la situation avec plus de recul. L’humour a ce pouvoir de dédramatisation. Je m’y emploie chaque jour du mieux que je peux pour voir la vie du bon côté. Je pense que certains de mes abonnés étaient contents aussi de voir ce sujet traité avec un peu de second degré. Si j’ai pu les aider à sourire et à leur changer les idées, alors je suis heureuse.

Les chansons qui ont accompagné ton confinement ?

J’ai brassé large dans le répertoire Français et fais de nombreuses parodies (goguettes pour les adeptes ;)). De la mythique chanson de JJ Goldman des restaus du cœur, à Belinda de Cloclo en passant par Gainsbourg et le poinçonneur des Lilas, Sheila et l’école est finie, Edith Piaf et la Vie en rose, Niagara et l’amour à plage, Michel Legrand (que j’adule) en duo avec Elie Semoun sur la chanson de Maxence, Aznavour et je m’voyais déjà…  et j’en passe. Ça a été une période très faste en terme de créativité. Je me suis énormément amusée.  

Cette période t’a inspirée ?Oui, très inspirante et sur de nombreux thèmes. L’objectif c’était de parler de sujets transverses sur fond de corona. J’ai donné en chanson mes conseils pour ne pas s’ennuyer, évoqué toutes les choses que je détestais faire avant et rêvais de faire maintenant et puis j’ai surfé sur l’actu. Les discours d’Edouard Philippe, le port du masque etc… Et puis plus globalement, certains thèmes m’ont amusé :  Hidalgo et l’ouverture de Paris Plage, Giscard D’Estaing accusé d’agression sexuelle etc… Les crises ont donc du bon sur le plan de l’imagination. 

Tes  projets ? Je poursuis évidemment mon compte instagram avec le même objectif, traiter de l’actualité en chanson et de façon décalée et toujours avec second degré. Et je prépare une audition pour une comédie musicale. C’est fou et totalement surprenant. Miss Bêtises m’entraine sur d’autres terrains de jeu et me fait sortir de ma zone de confort. C’est ce que j’aime dans ce projet.

Ton rêve à tout de suite ? D’abord, que le corona virus fasse vraiment parti du passé pour pouvoir serrer les gens que j’aime dans mes bras. Que peut être cette expérience puisse faire ressortir et faire naitre des initiatives positives agrémentées d’un sens plus fort de la solidarité et du civisme (j’en doute malheureusement).

Que nous puissions tous reprendre nos vies normalement et savourer de nouveau toutes ces libertés dont nous n’appréciions peut-être pas assez la saveur.

Je vais savourer et croquer la vie à pleine dents et toujours en chanson.

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L’interview de la maman reconfinée : Sarah Barukh, écrivaine

Un jour, une écrivaine, et non des moindres, m’écrit sur Instagram.

C’était durant le confinement, en avril. Depuis Sarah Barukh et moi sommes devenus des copines virtuelles mais nous avons fixé de prendre un café après la fin du monde.

Sarah est l’auteure de plusieurs romans à succès (Elle voulait juste marcher tout droit, Le cas zéro, Envole Moi) et sortira le prochain en mars ! Elle est aussi la maman d’une petite fille. Elle me dit tout, tout, tout ! (ou presque)

SERIALCV

Nom Barukh    

Prénom  Sarah

Age 40 ans

Situation de famille ? J’ai une petite fille Lalah, de 21 mois et je suis séparée de son papa.

Métier ? Ecrivaine, prof et deux-trois autres choses…

Lieu de reconfinement ? Paris !

SERIALQUESTIONS

Comment se passent tes journées en ce moment ? On ne me croira peut-être pas mais j’ai des journées de 43 heures ! Ma fille se lève très tôt donc j’attaque à l’aube et je jongle pour caler les rdv, les tâches domestiques, les travaux qui nécessitent une concentration immédiate et ceux où je me mets dans une bulle hors du temps, pour écrire notamment. Départ à la crèche, sortie de la crèche, le trio dîner-bain-dodo de ma petite chérie et une fois qu’elle dort, je m’autorise 2h de glande à écouter des podcasts ou regarder des séries. Franchement, je ne sais pas comment les mamans de plusieurs enfants font. Vous avez mon respect le plus total !

Comment s’est passé le confinement numéro 1 ? C’était difficile. J’étais confinée dans les années 50, comme la plupart des femmes. Au départ, j’étais soulagée que le temps s’arrête, moi qui suis toujours angoissée de ne pas en faire assez ou assez vite… Mais cette idée de « je vais me recentrer sur l’essentiel, me concentrer sur ce que j’ai etc etc » s’est étiolée vers le 4ème jour, aux alentours du 16ème repas préparé et de la 42ème machine de linge !

Et celui ci ? A vrai dire le 1er confinement a eu des conséquences importantes dans ma vie. Je me suis séparée du père de ma fille, pas uniquement à cause de ça bien sûr, mais le huis-clos a eu un effet révélateur. Mon travail et mes projets en ont également pâti.

J’ai très mal vécu l’annonce de ce nouveau confinement. J’ai fait quelques crises de panique au départ à l’idée de revivre tout ça. Mais une fois encore, on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau…

Après on va dire que les éléments n’étaient pas tout à fait avec moi… : mes parents sont à risque et ne peuvent pas m’aider ni me voir, je n’ai pas eu de place en crèche à cause d’un bug de la mairie alors que je suis censée être prioritaire, je me suis cassé un morceau de cheville… Bref, j’ai eu la totale et je me suis sentie très seule.

Cela dit, quand je parle avec des proches et des moins proches, je me rends compte qu’on est beaucoup à subir psychologiquement les effets de cette année…

Le truc le plus inattendu que tu as fait depuis le début des confinements ? J’ai posté des versions stupides de chansons sur les RS et je prends des cours de gym sur zoom avec ma mère et son coach. Comme on ne se voit pas en vrai, on s’est créé ce petit rendez-vous.

Qu’est ce qui te manque le plus ? Je n’ai jamais été légère donc je ne vais pas dire un sentiment de légèreté au quotidien mais une forme de liberté peut-être.

Le premier truc que tu auras envie de faire après ? Emmener ma fille à Eurodisney.

Les 3 comptes IG et/ou FB que tu adores suivre depuis le confinement ? J’aurais bien dit le tien mais je le suivais déjà avant ! Au risque de paraître rabat-joie, je suis le compte IG Féminicide par compagnon/ex qui dénombre chaque féminicide et en explique les circonstances. Le confinement a été effroyable pour les femmes et les enfants maltraités, les violences ont explosé et je pense qu’il est essentiel d’en parler, de montrer ce que ça représente un meurtre tous les trois jours…

Et sinon je parle davantage avec les personnes que je suis et qui me suivent, plus que de m’abonner à de nouveaux comptes.

Tu es écrivaine. Parle nous des tes livres. J’essaie de raconter des histoires de personnes ordinaires qui sont confrontées à des situations exceptionnelles. Il y a toujours un fond historique ou social dans ce que j’écris. Je pense que tout a été traité, qu’on raconte toujours un peu les mêmes histoires au cinéma ou en littérature, ce qui change, c’est l’angle et la façon de relater, la singularité du regard.

Mon 1er roman racontait l’histoire d’une petite fille dans l’immédiat après-guerre, qui va devoir traverser le monde pour retrouver sa mère. Le 2ème racontait le dilemme d’un jeune médecin pour qui soigner est une raison de vivre, face au premier cas de SIDA en France au début des années 80. Le 3ème se focalisait sur le destin de deux femmes qui se sont connues enfants dans un quartier défavorisé de Paris, et qui peinent à mettre derrière elle ce qu’elles y ont traversé pour avancer. Quant au prochain, rendez-vous en mars pour le découvrir !

As tu un rituel d’écriture ? Pas vraiment. En réalité, d’une façon générale, les rituels me mettent la pression donc j’évite. (torturée vous avez dit ?!)

Des projets d’écriture en ce moment ? Oui ! Mon prochain roman sort début mars… Et je développe celui d’après.

Le confinement ça t’aide pour bosser ou pas trop ? Non, c’est même plutôt le contraire… Le 1er avec un bébé H24 c’était juste impossible, et aujourd’hui, la plupart des gens ont le moral en berne donc tout est ralenti, incertain, il faut beaucoup d’énergie pour compenser l’ambiance générale.

Tu organises une cagnotte pour distribuer des livres à des enfants/ado lors des périodes de Noël. Raconte-nous ! Oui j’ai appelé ça le Jingle Book, c’est une collecte de livres destinés aux plus démunis. Chacun écrit un petit mot à l’intérieur des ouvrages pour l’enfant ou l’ado qui va le recevoir. Le Secours Populaire se chargera de la distribution. Je voulais permettre à ceux qui en ont le plus besoin de découvrir tout ce qu’un livre peut donner, cet espace rien qu’à soi, ce monde des possibles, ces personnages qui nous accompagnent parfois toute la vie. Quant aux dédicaces, c’est une façon de créer du lien humain dans le lien de la lecture, la preuve que quelqu’un a pensé à toi.

On envoie où les livres ? Chez mon libraire partenaire :

Librairie Henri IV

Collecte Sarah

15 boulevard Henri IV

75004

Paris

Revenons en a la maternité…Ta plus grosse remise en question de maman ? Je ne pensais pas douter à ce point de tout mais c’est pourtant le cas… J’ai allaité ma fille et son sevrage a été un cauchemar, je m’en suis terriblement voulu. Elle se réveille très très tôt, TOUS les jours et là encore, je me dis que c’est de ma faute. J’ai toujours eu des problèmes d’excédents de poids et elle ne mange pas beaucoup alors j’ai peur de lui avoir transmis mes angoisses inconsciemment… Bref, absolument tout est bon pour culpabiliser !

La fois où tu as eu envie de brader ton enfant pour partir sur une île avec Bradley Cooper ? Je vais vous avouer l’inavouable mais chaque fois qu’elle crie pour commencer sa journée à 4h32 le matin, que RIEN ne la rendort, je rêve de surdité…

Tu lis quoi le soir comme histoire ? En ce moment on est en pleine période Tchoupi, Simon et les aventures d’Archibald (Mon amour, Papa m’a dit etc) qu’elle aime beaucoup. Mais l’histoire qu’elle préfère, c’est quand je lui raconte sa naissance… Je passe beaucoup de temps à lui décrire comment elle a grandi dans mon ventre, les petits coups qu’elle donnait pour communiquer et le moment où elle a voulu nous rencontrer en vrai son père et moi… Elle adore !

Et la berceuse, c’est laquelle ? Ma grand-mère me chantait toujours une vieille berceuse yiddish. Quand j’étais enceinte, j’ai voulu écrire des nouvelles paroles sur cet air, que ce soit rien que pour elle et moi tout en englobant un héritage, qu’elle reconnaisse aussi cette chanson comme un signe entre nous, établi depuis toujours. Et ça marche !

Que souhaites tu transmettre à tes enfants ? J’aimerais que ma fille sache être douce malgré la dureté du monde, qu’elle puisse être libre, qu’elle arrive à croire en elle. Qu’elle devienne ce qu’elle est avec le moins de peur et culpabilité possible.

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Etre ado en 2020

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Capture-d’écran-2020-11-10-à-18.09.36-1.png.

Au premier confinement, c’était l’hiver encore, on a acheté du PQ, des livres, de la bouffe, des couches, de la patience. On a chargé des tonnes d’applications dont on ignorait l’existence (Zoom, Apéro, J’arrête de boire, je vais bien tout va bien, école en ligne), on s’est abonné à des chaines avec des super films, on a fait du pain, on a acheté des poules, on a fait des travaux pratiques, des jeux de société.

On a juré que l’école se ferait comme si on y allait, on a juré qu’ensemble on serait plus fort, on a agité nos mains à 20H, on a twitté, on a zoomé, on a instagrammé et les plus téméraires ont même chargé Tik Tok. On a continué de travailler comme on a pu, on a écouté Macron religieusement souvent le jeudi soir, on a pris soin des nôtres mais de loin avec un téléphone comme unique lien, on a embrassé les écrans pour se claquer la bise, on a suivi Lignac, on a décidé d’apprendre le russe, de faire de la gym, de faire des gâteaux.

Les plus jeunes ont trouvé ça pas si mal d’avoir leurs parents pour eux (enfin ceux qui ne travaillaient pas), les ados ne râlaient pas trop encore et trouvaient même leurs parents « intéressants » entre deux conversations whatsapp avec le reste du monde.

Au bout d’un mois, avouons le, on a commencé à compter les jours, à vouloir voir et serrer les gens en vrai dans nos bras, à vouloir boire des bières en terrasse, aller au ciné, bosser, faire du shopping, aller chercher les kids à l’école, à vouloir compter les roses plutôt que les morts.

C’était le printemps, la saison des boums, des soirées, des premiers flirts, des Dreams are my reality.

On a encore attendu et nos ados ont commencé à trouver que bon ok ils sont sympas les darons mais faut pas abuser.

Il y a eu l’été, les restrictions, les masques, les premiers regards sans les sourires.

Les ados ont attendu la rentrée avec joie. Ils pensaient faire la fête, rattraper le temps perdu. On est pas sérieux quand on a 15 ans. On veut essayer, tester, gouter, flirter, sortir, danser, défier ses parents, s’imaginer l’adulte qu’on ferait.

Puis les masques, le gel, les restrictions de nouveau. Seule raison de sortir c’est pour aller à l’école. Plus personne n’a même envie envie de faire l’école buissonière ! Aller à l’école quand on a 15 ans est devenu le meilleur spot.

Il faut grandir avec tes vieux mon ado. Il faut mettre ton masque. N’oublie pas d’être prudent. Regarder si le bonhomme est vert mais aussi rentrer vite à la maison où du gel pour tes mains t’attend ! Il va falloir décaler tes envies de jeunesse à plus tard. Faire avec. Faire avec.

Bien sûr il y a ce virus, ces morts affreuses et je trouve nos ados, nos jeunes en général très respectueux de cela finalement.

Ca ira mieux après va. Ca ira mieux.

Vive nos jeunes !

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Etre ado en 2020



Au premier confinement, c’était l’hiver encore, on a acheté du PQ, des livres, de la bouffe, des couches, de la patience. On a chargé des tonnes d’applications dont on ignorait l’existence (Zoom, Apéro, J’arrête de boire, je vais bien tout va bien, école en ligne), on s’est abonné à des chaines avec des super films, on a fait du pain, on a acheté des poules, on a fait des travaux pratiques, des jeux de société.

On a juré que l’école se ferait comme si on y allait, on a juré qu’ensemble on serait plus fort, on a agité nos mains à 20H, on a twitté, on a zoomé, on a instagrammé et les plus téméraires ont même chargé Tik Tok. On a continué de travailler comme on a pu, on a écouté Macron religieusement souvent le jeudi soir, on a pris soin des nôtres mais de loin avec un téléphone comme unique lien, on a embrassé les écrans pour se claquer la bise, on a suivi Lignac, on a décidé d’apprendre le russe, de faire de la gym, de faire des gâteaux.

Les plus jeunes ont trouvé ça pas si mal d’avoir leurs parents pour eux (enfin ceux qui ne travaillaient pas), les ados ne râlaient pas trop encore et trouvaient même leurs parents « intéressants » entre deux conversations whatsapp avec le reste du monde.

Au bout d’un mois, avouons le, on a commencé à compter les jours, à vouloir voir et serrer les gens en vrai dans nos bras, à vouloir boire des bières en terrasse, aller au ciné, bosser, faire du shopping, aller chercher les kids à l’école, à vouloir compter les roses plutôt que les morts.

C’était le printemps, la saison des boums, des soirées, des premiers flirts, des Dreams are my reality.

On a encore attendu et nos ados ont commencé à trouver que bon ok ils sont sympas les darons mais faut pas abuser.

Il y a eu l’été, les restrictions, les masques, les premiers regards sans les sourires.

Les ados ont attendu la rentrée avec joie. Ils pensaient faire la fête, rattraper le temps perdu. On est pas sérieux quand on a 15 ans. On veut essayer, tester, gouter, flirter, sortir, danser, défier ses parents, s’imaginer l’adulte qu’on ferait.

Puis les masques, le gel, les restrictions de nouveau. Seule raison de sortir c’est pour aller à l’école. Plus personne n’a même envie envie de faire l’école buissonière ! Aller à l’école quand on a 15 ans est devenu le meilleur spot.

Il faut grandir avec tes vieux mon ado. Il faut mettre ton masque. N’oublie pas d’être prudent. Regarder si le bonhomme est vert mais aussi rentrer vite à la maison où du gel pour tes mains t’attend ! Il va falloir décaler tes envies de jeunesse à plus tard. Faire avec. Faire avec.

Bien sûr il y a ce virus, ces morts affreuses et je trouve nos ados, nos jeunes en général très respectueux de cela finalement.

Ca ira mieux après va. Ca ira mieux.

Vive nos jeunes !

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On dit quoi aux gosses ?

Ca fait bien quelques années maintenant que je vois mon pays aller mal. Ca ne date pas de là. Ca ne date pas de Charlie Hebdo ou de l’Hyper Casher ou encore du prêtre -Jacques Hamel- assassiné au sein de son église. Ca remonte aussi loin que je me souvienne, à mon enfance.

La légende familiale raconte que j’ai fait mes premiers pas le jour de l’attentat de la synagogue de la rue Copernic à Paris (octobre 1980). 4 morts. Ca marque.

Depuis l’enfance, lorsque je me rends à la synagogue, la police monte la garde. On me demande pourquoi je viens, on me fouille parfois, on me conseille en partant de ne surtout pas rester devant la synagogue pour ne pas prendre de risques. Ne pas prendre de risque. Ca fait longtemps donc qu’être juif en France est devenu « risqué ». Heureux comme un juif en France.

A l’époque, l’adolescence, je crois que mes amies d’école (laïque) ne se rendaient pas compte qu’on avait un peu la pression tout de même et que prier le samedi à la syna, c’était risqué.

Je ne plains pas, j’ai de la chance, je vais à la synagogue en prenant certes un risque mais je suis dans un pays où je peux pratiquer ma religion, dire ce que je veux, aimer la musique que j’aime, me marier, avorter, divorcer, critiquer, lire ce qu’il me plait, avoir des enfants, les élever à l’école laïque. Je mesure cette chance et j’élève mes enfants -avec mon mari- avec toujours en musique de fond la Marseillaise.

Les soldats devant les syna, je vous le dis, je connais.

Et puis il y a eu Ilan Halimi, tué parce que juif et puis la tuerie infâme de Toulouse où militaires, enfants juifs (3,6 et 9 ans à bout portant) et professeurs juifs ont été tués. Pour ça.

Là ça a dérapé; Peu de gens sont descendus dans la rue à l’époque. C’est comme ça.

Après tout s’est accéléré. Charlie Hebdo, Hyper Casher, Bataclan, Nice et d’autres crimes insoutenables.

Et puis vendredi, on a décapité un professeur des écoles, Samuel Paty, en pleine rue, en plein jour. En France. Pour avoir osé parler de liberté.

On en est là.

Donc nous parents, on avait déjà dit à nos enfants « quand tu vas à la syna, fais attention, pas de kippa sur la tête en chemin ». Puis on leur a dit « bon gaffe aux salles de concert ». Puis « gaffe à ce que tu lis, oui évidemment lis ce que tu veux mais tout le monde n’aime pas ça ». Puis « gaffe quand tu vas acheter de la viande casher ». Puis » gaffe si tu sors un 14 juillet, y a des fous qui tirent sur les gens ».

Fais gaffe à la vie quoi.

On en est à dire à nos gosses (qui portent déjà le poids d’une époque lourde et d’un masque) « fais gaffe, on peut te tirer dessus à chaque coin de rue ».

Ecrire ici ne changera rien. Juste partager mes angoisses de maman. Moi mes enfants je les élèves en France, dans l’amour de leur patrie, dans l’amour de leur prochain. On ne ment pas, on ne trahit pas et on ne tue pas. ON NE TUE PAS.

Alors on leur dit quoi ? Ouais un gars de 18 ans a coupé la tête d’un professeur de 4ème qui avait montré des caricatures.

Je ne sais pas vous mais moi j’ai peur, moi cette image me hante, moi je tremble d’allumer la radio ou la télé avec les enfants.

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Alors on dit quoi aux gosses?

Ca fait bien quelques années maintenant que je vois mon pays aller mal. Ca ne date pas de là. Ca ne date pas de Charlie Hebdo ou de l’Hyper Casher ou encore du prêtre -Jacques Hamel- assassiné au sein de son église. Ca remonte aussi loin que je me souvienne, à mon enfance.

En effet, la légende familiale raconte que j’ai fait mes premiers pas le jour de l’attentat de la synagogue de la rue Copernic à Paris (octobre 1980). Ca marque.

Depuis l’enfance, lorsque je me rends à la synagogue, la police monte la garde. On me demande pourquoi je viens, on me fouille parfois, on me conseille en partant de ne surtout pas rester devant la synagogue pour ne pas prendre de risques. Ne pas prendre de risque. Ca fait longtemps donc qu’être juif en France est devenu « risqué ».

A l’époque, l’adolescence, je crois que mes amies d’école (laïque) ne se rendaient pas compte qu’on avait un peu la pression tout de même et que prier le samedi à la syna, c’était risqué.

Je ne me plains pas, j’ai de la chance, je vais à la synagogue en prenant certes un risque mais je suis dans un pays où je peux pratiquer ma religion, dire ce que je veux, aimer la musique que j’aime, me marier, avorter, divorcer, critiquer, lire ce qu’il me plait, avoir des enfants, les élever à l’école laïque. Je mesure cette chance et j’élève mes enfants -avec mon mari- avec toujours en musique de fond la Marseillaise.

Les soldats devant les syna, je vous le dis, je connais.

Et puis il y a eu Ilan Halimi, tué parce que juif et puis la tuerie infâme de Toulouse où militaires, enfants juifs (3,6 et 9 ans à bout portant) et professeurs juifs ont été tués. Pour ça.

Là ça a dérapé; Peu de gens sont descendus dans la rue à l’époque. C’est comme ça.

Après tout s’est accéléré. Charlie Hebdo, Hyper Casher, Bataclan, Nice et d’autres crimes insoutenables.

Et puis vendredi, on a décapité un professeur des écoles en pleine rue, Samuel Paty, en plein jour. En France. Pour avoir osé parler de liberté.

On en est là.

Donc nous parents, on avait déjà dit à nos enfants « quand tu vas à la syna, fais attention, pas de kippa sur la tête en chemin ». Puis on leur a dit « bon gaffe aux salles de concert ». Puis « gaffe à ce que tu lis, oui évidemment lis ce que tu veux mais tout le monde n’aime pas ça ». Puis « gaffe quand tu vas acheter de la viande casher ». Puis « fais gaffe si tu vas au concert ». Puis » gaffe si tu sors un 14 juillet, y a des fous qui tirent sur les gens ».

Il faudra ajouter « fais gaffe si t’es prof et que tu montres des caricatures quand bien même tu aurais eu la délicatesse de proposer à certains élèves de ne pas assister à ce cours ».

Fais gaffe à la vie quoi.

On en est à dire à nos gosses (qui portent déjà le poids d’une époque lourde et d’un masque) « fais gaffe, on peut te tirer dessus/te décapiter à chaque coin de rue ».

Ecrire ici ne changera rien. Juste partager mes angoisses de maman. Moi mes enfants je les élèves en France, dans l’amour de leur patrie, dans l’amour de leur prochain. On ne ment pas, on ne trahit pas et on ne tue pas. ON NE TUE PAS.

Alors on leur dit quoi ? Ouais un gars de 18 ans a coupé la tête d’un professeur de 4ème qui avait montré des caricatures.

Je ne sais pas vous mais moi j’ai peur, moi cette image me hante, moi je tremble d’allumer la radio ou la télé avec les enfants.

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Je crois que le confinement me manque

Je sais que vous risquez de vous dire en voyant le titre : non mais elle a pas fini de râler. Elle est confinée, elle râle, elle est déconfinée, elle râle.

Bah ouais. Je râle si je veux.

Au début du confinement (tu sais cette période où on ne pouvait pas sortir sans autorisation et où on stockait du PQ- on a stocké du PQ quoi…) j’ai eu des angoisses, des peurs, l’envie de serrer subitement tous mes proches dans les bras sans le pouvoir, la rage, l’impossibilité de lire un livre, des difficultés à faire classe à mes 4 enfants, des gouttes de sueur à tenter de bosser tout en faisant le ménage. Bref j’étais pas contente.

Et puis après un mois j’ai commencé à adorer ce confinement. A adorer être avec mes enfants, mon mari (et mon chien). J’ai pris un bon rythme, je me suis détendue.

Et puis le déconfinement. La peur de retrouver le train-train quotidien (ou le RER-RER quotidien). L’angoisse finalement de ne plus avoir mes kids avec moi, de devoir mettre le réveil, de devoir affronter le monde.

Puis un peu de « vacances », sorte de super confinement avec un droit de sortie.

Et puis BAM, la rentrée tant attendue. L’école. Les activités extra scolaires, le boulot qui reprend avec de merveilleux projets, le rythme fou de la vie avec 4 enfants, le bruit de Paris, les « dépêche toi » par ci, les « et tes devoirs? » par là, la course après le temps, l’angoisse des masques, la peur que les miens chopent la Covid, la charge mentale et la fatigue.

Alors ouais finalement le confinement je suis pas loin de le regretter.

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Ma rentrée en #

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#EnFaitNon #JeanneDarc

#6H30melève #pipi #cafe #tabledupetitdej #Pasbiopasbien

#7Hreveildespetits #cris #JeVeuxDormir #jeVeuxPAsAllerALecole

#pantalonALenvers #RoiDagobert #stress

#petitDEjEnEcoutantLaRAdio #CafeFroid

#OnVaEtreEnRetard! #merdeOuEstLecartable

#CeFroidPutain #allezAvance #FiniesLesVacances

#CemondeDevantLecoleBordel #OnVaTousAvoirLeCovid

#JeReconnaisPersonneDerrièreLesMasques

#CommentCaMonFilsEstPasSurLaListe #Proces #Colère #MasqueJaune

#OuaisJeConnaisLeVideur #BahVoilaMERCI #CE1Enfin

#9HEtJeSuisDejaNaze #BesoindeSoleil

#VivesLesFournituresdeDernièreMinute

#BrunOutRentrée #EnFaitleConfinementCetaitBIEN

#CantineALaMAison #nuggets #tomates #bahOuaisYaRienDautre

#ReunionParentsDansUneSemaine

#MonFilsauLycée #Angoisse #JesuisVieille

#LeTempsPAsseTROPVite #RendezMoiMes15Ans #EtMerdeLeGouter

#DesFichesARemplir #MalAuxMains #PutainDassuranceScolaire

#AhBonEncoreEcoleDemain? #VivementMesVacances

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Et puis mon fils a eu 15 ans.

J’ai peu de souvenirs de mon enfance, ils se sont effacés avec le temps et mon esprit (pourtant vif hein) semble de ne pas s’y être accroché.

Mes « vrais » souvenirs remontent à mes 15 ans, à mon entrée en 2nde. Ils paraissent parfois si présents encore que j’ai le sentiment idiot de m’être vaguement enfermée dans une parenthèse adolescente depuis 25 ans.

Car je le sais : j’ai 41 ans. je ne refuse absolument pas de vieillir et je suis plutôt heureuse du bilan (si je devais en faire un), à mi parcours d’une vie que je me souhaite encore heureuse même si, comme pour tout le monde, la route est semée d’embûches et de petits chemins sinueux.

Là où je prends un coup c’est que mon fils aîné, mon fils adoré vient d’avoir 15 ans et que 15 ans, je l’ai écrit, c’était hier pour moi.

Je regarde cet enfant qui mesure plus d’1m80, qui est magnifiquement beau, magnifiquement intelligent, drôle et gentil (bah oui c’est MON fils) et je suis bien forcée de constater que c’est moi sa mère, que ce bébé qu’il était hier avec ses boucles blondes, sa première dent à 3 mois, ses premiers mots à 15 mois, sa passion pour l’Histoire et le sport, ce bébé a grandi. Il passera bientôt son bac, il aura bientôt des études à faire, il aura des amours, des amitiés, il me téléphonera pour savoir combien de temps cuit un oeuf dur, il voudra qu’on se voit parfois, il aura sa vie et c’est formidable MAIS …c’est un pincement au coeur pour moi sa mère !

Il a 15 ans, l’âge merveilleux.

Il a 15 ans, la vie devant lui, la petite enfance derrière.

Il a 15 ans et je suis fière de lui, de ses choix, de ses opinions tranchées, de sa bienveillance, de son second degré.

Il a 15 ans et la vie passe vite.

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L’interview du papa déconfiné : David Zaoui, écrivain

Il y a quelques semaines j’ai lu et adoré le tout nouveau deuxième roman de David Zaoui, Le Financier en chef.

Cet écrivain qui a l’art de faire rire tout en touchant des sujets forts comme la réussite, l’amour ou la parentalité, raconte dans ce roman l’histoire de Jackson Zerbib qui aurait voulu devenir Spielberg mais qui du se résoudre à trouver un « vrai » job. Il rédige donc un faux CV hilarant et se fait embaucher comme directeur financier dans un boite…sauf qu’il ne connait rien à la compta ! Il décide alors de séduire son boss et ses collègues en mijotant chaque jour des plats incroyables dans la cuisine du bureau. Je ne vous en dis pas plus mais c’est touchant, drôle et original. Un peu comme un bon Woody Allen !

C’est tout naturellement que j’ai voulu en savoir plus sur David, sa vie de famille, son confinement !

Nom : ZAOUI

Prénom : David

Âge : 43 ans

Situation de famille ? Papa

Prénom et âge de ton fils ? Raphaël, 11 mois

Métier ? Écrivain

Lieu de confinement ? Paris/Provence

Comment as-tu réagi à l’annonce du confinement ? Je me suis tout de suite dit que la terre nous envoie un message, qu’elle nous a cloitrés chez nous pour que nous comprenions sa peine.

Comment se sont passées tes journées de confiné? J’ai beaucoup regardé par la fenêtre, comme quand j’étais petit.

J’ai lu, écrit, j’ai cuisiné, pris de long bain, je me suis occupé de mon fils. Je suis devenu un pro du cube et de la comptine.

Le truc le plus inattendu que tu as fait durant le confinement ? En sortant du supermarché avec mes sacs de provisions, jamais je n’avais marché aussi lentement pour rejoindre ma voiture.

J’ai pris le temps, comme si je ne pourrais plus marcher dans la rue pendant un long moment. Chacun de mes pas était un plaisir délicieux. Ce fut une sensation étrange, totalement inattendue.

Qu’est-ce qui t’a manqué le plus ? Voir mes parents.

Déconfiné à 100 % ? Je respecte scrupuleusement les règles, je reste prudent, comme bien d’autres, j’espère.

Déconfit ? Le citron confit, j’aime bien, oui. Dans un tajine de poulet, c’est à tomber !

Le premier truc que tu as aimé faire après le déconfinement ? Marcher dans les vieux villages de Provence. Tout simplement. Marcher.

Ton deuxième roman, le financier en chef, vient de paraître. Fais-nous le pitch ! C’est l’histoire d’un rêve échoué. D’un type qui depuis le plus jeune âge veut devenir un grand cinéaste. N’ayant pas réussi, il doit impérativement trouver un « vrai » travail. Il va alors mentir sur son CV, se faire passer pour un super directeur financier, et réussir à se faire embaucher dans une start-up. Dans les bureaux où il officie, il va remarquer une cuisine digne des plus grands chefs. Pour masquer son incompétence, il va transformer son lieu de travail en restaurant étoilé. Et découvrir malgré lui qu’il est peut-être fait pour autre chose…

J’ai adoré, j’ai ri, j’ai trouvé ça original vraiment. Il paraît que c’est plus dur d’écrire pour faire rire que pleurer. Tu es d’accord ? Oui, je suis d’accord. La dramaturgie repose sur une mécanique spécifique. Imaginez une histoire comme ça : un petit garçon vient de perdre ses parents dans un accident d’avion, il se retrouve seul avec son nounours dans une famille peu accueillante, à l’école il est malmené, et tous les soirs, il pense à sa maman quand elle lui fredonnait de douces chansons pour qu’il s’endorme ; ce petit garçon décide de ne plus jamais quitter son lit…

Le décor est planté, on a déjà la gorge serrée.

Le rire, l’humour, repose en partie, sur une dynamique plus affûtée : l’imagination, le quiproquo et le rythme. J’ajoute que c’est en racontant des histoires sur un ton léger, que nous pouvons évoquer entre les lignes des choses bien plus profondes…

Le héros de ton livre, Jackson Zerbib c’est un peu toi ? Non, Jackson ne me ressemble pas, mais je l’aime. Il est touchant parce qu’il doit se débrouiller comme il peut, qu’il doit changer de route, que sa fragilité va évoluer en force dès lors qu’il va s’aventurer vers des terrains inconnus. Tous les personnages de mes romans existent, je m’en inspire. J’ai eu un ami qui depuis le plus jeune âge voulait devenir le nouveau Maurice Béjart. Il n’y est pas arrivé. Aujourd’hui, il a réussi, mais dans une tout autre branche : il vend des gaufres à Los Angeles. Il a pris 30 kilos. Il n’est pas forcément malheureux.

Le rôle des parents de Jackson est essentiel dans le livre. Sa mère juive a peur pour lui, son père le soutient dans ton ce qu’il entreprend. C’est quoi selon toi le rôle des parents ? Freud dit que les parents ne feront jamais assez bien. À trop en faire, ils causeront du tort, à ne pas assez : des manquements.

Les parents, je crois, doivent inculquer la confiance, et surtout la curiosité à leurs enfants – l’esprit de remise en question –, avec un esprit curieux et alerte, confiant et solide, on part déjà avec de bonnes bases. Comme je dis dans le roman : la profession instinctive d’une mère, c’est l’inquiétude.

Moi, je suis une mère juive.  

Que veux-tu transmettre à ton fils ? Un peu de tout ça. En tout cas, je vais faire un tout petit peu plus que mon mieux pour y parvenir, et si j’y arrive pas, je recommencerai.

As-tu réussi à lire durant le confinement ? À écrire ?Oui, j’ai beaucoup lu, j’ai écrit un nouveau roman aussi. L’inspiration du confiné ne m’a pas manqué !

Tes livres de chevet de toujours ? La bible, et le Cercle des menteurs de Jean-Claude Carrière.

Des projets ? Je suis un raconteur d’histoire, donc j’ai comme projet de faire vivre des histoires sous forme de roman ! J’ai aussi comme intention de m’améliorer dans le domaine du bricolage, mais je n’ai aucune certitude à ce sujet, et ma femme demeure très sceptique.

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