1 an après

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Le vendredi soir on avait écouté Diam’s, La boulette. On avait dansé dessus. J’avais fait des vidéos que j’avais partagé sur le flux de la famille. On peut y voir serialjunior sauter partout, serialprincesse tenter un pas de danse et serialfiston faire des pas chassés en chantant sur le rythme de Diam’s.

Y a comme un goût de haine quand je marche dans ma ville
y a comme un goût de gène quand je parle de ma vie
y a comme un goût d’aigreur chez les jeunes de l’an 2000
y a comme un goût d’erreur quand j’vois le taux de suicide

On a crié AU LIT aux enfants, ils ont râlé évidemment et brandi le fait que le lendemain y’avait pas école. On pourrait regarder un p’tit DVD sivouplééééé. On a dit OK. On a éteint Diam’s.

Alors ouais on déconne
ouais ouais on étonne
nan nan c’est pas l’école qui nous a dicté nos codes
nan nan génération nan nan

Les enfants se sont collés les uns aux autres dans notre lit. Ils ont regardé L’Age de Glace.

L’insouciance encore pour quelques heures.

Avant que leur DVD ne soit terminé, on a su. Les médias se sont chargés de nous annoncer que pas loin de chez nous, en plein Paris, des dizaines, voire des centaines de vies avaient été prises par des terroristes. En boucle “on ne sait pas où sont les terroristes”.

En boucle” Nous n’avons pas de nouvelles du nombre de victimes”. En boucle Facebook qui nous demandait de signifier que nous étions en sécurité.

Le DVD s’est terminé. Les deux petits s’étaient endormis dans notre lit. Le grand a débarqué dans le salon, a vu les images, les sirènes et les cris sur l’écran de télé. Il a demandé “vous regardez un film ?”. On a menti, pris au dépourvu “oui, oui, on regarde un film, c’est pas pour toi, va te coucher”.

Il est allé se coucher du haut de ses 10 ans et de son insouciance.

Au fil de la nuit, les infos. Au fil de la nuit nos visages blêmes. Au fil de la nuit notre peur, notre effroi, notre peine, notre incompréhension.

Qui a dormi cette nuit là ? Seuls ceux qui ont eu le privilège de ne pas savoir et de passer ainsi une dernière nuit heureux.

Le lendemain, le chaos.

Annoncer l’horreur aux enfants et par là leur enlever une part d’insouciance avant de leur ôter encore plus de celle-ci avec les attentats de Bruxelles puis évidemment de Nice.

Ils ont réagi immédiatement en sortant leurs crayons. Ils ont voulu dessiner parce que leur arme à eux c’est ça, des feutres.

Tous les enfants ont voulu dessiner et vous étiez nombreux à m’envoyer les dessins de vos enfants. (à retrouver ici).

Depuis cette nuit tout a changé pour eux. Malheureusement.

C’est un peu de leur candeur qui est partie ce jour là.

C’est surtout les vies de parents, de frères, de soeurs, de maris, de femmes et d’amis qu’on a volées.

Un an après, on a mal et on pleure nos morts avec une infinie tristesse et toujours autant d’effroi.

 

 

 

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