Les vieux



Durant ce confinement, il y a eu un truc très chouette. J’ai pris des nouvelles des parents et des grands-parents de mes amis. Et eux aussi.

Habituellement avec mes potes on s’appelle pour parler de nous et puis beaucoup des enfants. Fait-il ses nuits, a t-il eu des bonnes notes, est-il propre, que fera t-il pour son anniv ?

Mais durant cette crise, sans doute parce que les enfants ont été épargnés pour la plupart de ce virus, ils n’ont plus été LE sujet de conversation (sans doute aussi parce qu’ après 8 heures de cours de CP en zoom on a eu envie de ne plus entendre parler d’eux).

Nos vieux, nos ainés, nos racines. Ils nous ont vite manqués. On a tous eu envie de les voir, de les serrer et on a tous trouvé ça super injuste de penser que certains allaient mourir du Covid dans leur lit d’hôpital ou leur maison de retraite sans même pouvoir recueillir un dernier câlin, un dernier regard bienveillant, une odeur familière, un baiser sur leurs joues ridées.

On a du leur dire « je t’aime mais si je ne te vois c’est pour ton bien » ce qui est totalement surréaliste. Beaucoup ont souffert de cet éloignement, de ne pouvoir poser leurs yeux sur leurs enfants et petits-enfants autrement qu’à travers un écran. Et nous aussi, les « jeunes » avons souffert de leur absence. Comme jamais.

Je me souviens de la canicule de 2003. L’été meurtrier. Le même été où Marie Trintignant mourait sous les coups de son compagnon. Cet été là. Cet été là où plein de nos vieux sont morts dans la solitude la plus totale, dans la chaleur et la déshydratation. Près de 20.000 morts, victimes de la canicule en France dont la plupart de nos « vieux ».

Comment c’est possible, pensait-on. Comment cela a pu arriver, scandait-on.

C’est arrivé parce que personne n’a pensé à eux. C’est arrivé parce que les vieux sont les premières victimes des drames sanitaires. Et à chaque « vieux » qui meurt, on perd de notre Histoire, de nous-mêmes en somme.

J’ose espérer que nous pourrons vite les serrer dans nos bras, les sentir, les voir sans écran, les écouter parler, rire avec eux. J’ose espérer que longtemps encore ils seront au centre de mes conversations avec mes amis. Que plus jamais ils ne seront la génération sacrifiée.

Nos racines et nos ailes aussi. Les vieux.

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