L’interview de la maman confinée : Lili Barbery-Coulon, professeure de kundalini yoga, blogueuse et auteure de livres

Pour celles et ceux qui pratiquent le yoga, Lili est une femme incontournable. Devenue professeure récemment, elle est connu aussi pour ses articles, ses livres et son super compte site sur lequel on trouve des tas de conseils pour vivre mieux dans sa peau, on découve des belles adresses pour voyager ou l’on dénichedes merveilleux produits de beauté. DEpuis le début du confinement elle donne des cours de yoga en direct à 18h sur son compte IG et plus de 10.000 personnes sont au rendez-vous. Quels sont ses secrets de maman confinée ?

Nom Barbery-Coulon

Prénom Lili

Age 43 ans

Situation de famille ? mariée

Prénoms et âges de ta fille ? Jeanne, 12 ans et demi

Métier ? Professeure de kundalini yoga, auteure de deux livres et du blog lilibarbery.com

Lieu de confinement Paris

Comment as tu réagi à l’annonce du confinement ? Comme beaucoup, je suis passée par un grand nombre d’émotions. L’agacement. La frustration. Et puis la résignation. Il a fallu très vite rester droite et expliquer à notre enfant, avec mon mari, la situation et ce qu’elle impliquait en terme d’inconnu.

Comment a réagi ta fille ? Le vendredi 13 mars, elle a d’abord été ravie à l’idée que le collège ferme pour 15 jours. Elle s’imaginait sans doute que ce serait les vacances et qu’elle pourrait continuer à voir ses copines. Mais dès le samedi 14, quand on lui a expliqué qu’on ne pouvait pas inviter ses amies et qu’il allait vraiment falloir rester isolés, elle a commencé à déchanter et à prendre conscience de la situation.

Moral ? Plutôt bon ! J’ai la chance d’avoir travaillé tout au long de ce confinement et cela m’a permis de garder l’équilibre. En revanche, ma fille a atteint le seuil de ses ressources, elle est très déprimée. Elle est fille unique, au tout début de son adolescence à un moment où l’énergie est en expansion et le besoin de s’éloigner des parents plus grand… Ce n’est pas simple de rester enfermé sans accès à la nature ni aux autres pendant une période aussi longue à un âge aussi sensible.

Comment se passent tes journées en ce moment ? Je donne souvent des cours le matin, très tôt, dans mon salon. Ensuite, je rejoins mon mari et ma fille qui ont presque terminé leur petit déjeuner. Jusqu’à 10h, l’ambiance est plutôt calme. Ensuite, Jeanne doit télécharger les devoirs quotidiens. Mon mari l’aide beaucoup. Vers 12h, on prépare le repas tous ensemble, et on déjeune sans écran. Au début, on jouait tous les midis à un jeu de société. Mais Jeanne a moins envie à présent. Ensuite, on se met à la fenêtre au soleil pour se recharger en lumière. L’école reprend à 14h, mais ce n’est pas toujours bien organisé au niveau scolaire. Certains profs ont quasiment disparu de la circulation depuis le début du confinement. D’autres monopolisent l’attention des élèves avec une avalanche de devoirs quotidiens. Jeanne n’a eu aucun cours par visioconférence, ce que je ne comprends pas car c’est si simple à organiser… A 16h, j’impose un coup de fil quotidien avec ses copines, si possible via zoom pour qu’elles se voient sur grand écran. Elles font parfois des gâteaux ensemble ou des activités en direct. Moi je profite de ce temps l’après-midi pour bosser, organiser mes cours ou préparer mes méditations. Il y a une petite cour dans mon immeuble et deux autres voisins rejoignent ma fille, à distance, pour relever des challenges sportifs lancés par le collège de Jeanne à l’heure du goûter. C’est tellement jouissif d’entendre les enfants crier de joie dans la cour ! A 17h, j’entre en concentration maximale pour ma méditation quotidienne en direct. Je prépare mes playlists et à 18h pile, mon mari et ma fille acceptent de s’autoconfiner dans notre chambre pour qu’il n’y ait aucun bruit dans le salon. Ils sont vraiment adorables parce que la situation est déjà bien difficile. On se retrouve tous pour diner, débriefer, ou faire des apéros sur zoom après mon direct, dans la cuisine. Je me couche rarement tard, mais ça n’est pas lié au confinement, j’ai toujours été une couche-tôt.

Comment se passe l’école à la maison ?

Pas de manière optimale. J’ai des copines qui me racontent que leurs enfants sont occupés par des visioconférences du début de la journée jusqu’à la fin de la journée. Ce n’est pas du tout le cas dans le collège public où ma fille se trouve. Ma voisine qui est prof d’espagnol me raconte qu’elle appelle les enfants pour savoir comment ils vont. Je trouve ça génial. Ce n’est pas l’expérience que nous faisons. Au début, la tornade de devoirs a été très stressante pour ma fille qui ne savait pas comment s’organiser. J’ai préféré privilégier sa santé mentale sur les devoirs. On vit une situation historique et sans précédent. On apprend tous et on fait au mieux. Rajouter de la culpabilité et une quête de performance dans ce contexte me paraissaient inadéquat et destructeur. On essaie vraiment de garder un rythme et de faire la distinction entre les jours d’école et le weekend. Mais franchement, je trouve ça très dur pour les parents comme pour les enfants.

Tu es professeur de yoga, comment continues-tu tes activités?

J’ai pu continuer à donner des cours dès le début du confinement ; d’abord à mes élèves habituels via Zoom, puis j’ai ouvert à un nombre plus grand toujours sur cette plateforme. C’est loin d’être parfait mais cela me réjouit de travailler et de partager ces enseignements qui font tellement de bien. Le reste de mon temps est consacré à l’écriture de sujets pour mon blog, la gestion de mes publications sur Instagram ainsi que l’écriture d’un site internet que je crée pour une école de yoga. Je fais aussi partie d’un groupe de profs qui encadrons une formation cette année qui aurait du démarrer en mars. On travaille donc activement à la création de contenus en ligne, pas pour remplacer les stages car ils seront tous reportés mais pour enrichir la formation et honorer la motivation des élèves.

Tu fais des séances en direct de yoga suivies par des milliers de personnes. Tu t’attendais à ce succès ?Comment l’expliques tu ?

Je ne m’attendais pas du tout à ce succès. Dimanche 15 mars, lorsque j’ai proposé une méditation en direct, ça m’a pris comme une urgence. Je ne me suis pas trop posée de questions. D’ailleurs, si j’avais tergiversé, je ne l’aurais pas fait. Je prenais le risque d’être ridicule, de déplaire et d’être jugée par des gens qui me suivent mais qui ne connaissent pas le yoga que j’enseigne. Chanter des mantras, cela peut paraitre complètement frapadingue. Voire sectaire. Je comprends très bien ces préjugés car ce sont ceux avec lesquels j’ai commencé le kundalini yoga. Je m’attendais à une centaine de spectateurs. Finalement dès le premier soir, nous étions 3000. En moyenne, il y a un peu plus de 10000 spectateurs chaque soir, ce qui me sidère. Ca parait fou et même abstrait. Je commence à prendre conscience du succès quand je vais faire mes courses dans mon quartier parce que beaucoup d’inconnus m’arrêtent pour me remercier. Je crois que le succès de ce rendez-vous est dû à l’extrême anxiété suscitée par la crise sanitaire et le confinement. Mais aussi par le gain de temps pour certains : on est chez soi, on n’a rien à faire d’autre, on s’ennuie alors on essaie des choses. Et ceux qui essaient aiment, reviennent et rameutent tous leurs proches… c’est l’effet boule de neige.

Que penses-tu du déconfinement ? Qu’envisages-tu ?

Pour l’instant toute mon attention est focalisée sur ma fille. J’arrête les méditations en direct vendredi 1er mai à 18h pour préparer l’après et prendre soin d’elle et de moi avant d’attaquer la suite. Tout est à réinventer. Pour le moment, on ne sait toujours pas quand et comment les cours de ma fille reprendront. Et on ne sait pas non plus quand on pourra à nouveau pratiquer ensemble en studio de yoga. Donc en attendant, je m’organise et je prévois de nouveaux cours en ligne. On a déjà traversé l’inimaginable – plus de 6 semaines enfermés sans nos proches et sans accès à la nature en ce qui me concerne – nous avons appris beaucoup sur nous. A chacun d’incarner le changement qu’il veut voir émerger.

Le truc le plus inattendu que tu aies fait depuis le début du confinement ?

Avoir du plaisir à jouer au mikado. Honnêtement je déchire au mikado ha ha ha, je t’assure, moi qui pensais être un éléphant dans un magasin de porcelaine, je me révèle danseuse étoile d’une infinie délicatesse quand il s’agit de dénicher un mikado sans faire bouger les autres. On n’a pas de petit plaisir dans la vie ! Et parmi les choses qui collent la honte à ma fille quand elle m’accompagne pour faire des courses : je sers dans mes bras tous les arbres que je croise dans la rue pour me recharger comme Colline Serreau se colle aux nourrissons dans le film La Belle Verte…

Le premier truc que tu as envie de faire après ?

Aller marcher pieds nus en pleine nature

Les 3 comptes IG que tu adores suivre depuis le début du confinement ?

Laura Felpin me fait hurler de rire. Mais surtout, elle a l’humour intelligent, jamais cynique.

Tookies qui me fait rêver avec son talent de pâtissière et son regard esthétisant sur tout ce qu’elle voit.

Onehomeorg pour prendre de la hauteur et se souvenir qu’on ne fait qu’un avec notre planète et l’univers tout entier. Il est temps à présent de se sentir unis autour de notre maison que je n’ai qu’une seule envie : honorer.

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