L’interview de la maman déconfinée : Caroline Vallat, libraire

J’ai connu la merveilleuse Caroline par la biais des livres. Cette amoureuse des livres les dévore et les défend comme personne. Cete maman de 4 enfants a du stopper net son activité de libraire durant le confinement et vient tout juste de reprendre.

Elle nous raconte son confinement !

Nom VALLAT

Prénom Caroline

Age 43 ans

Situation de famille ? mariée, 4 enfants et 3 cochons d’Inde !

Age des enfants ? Hippolyte 15 ans (3ème), Théodore 13 ans (4ème), Philomène 11 ans (6ème), Timothée 5 ans (grande section de maternelle)

Métier ? Libraire 

Lieu de confinement ? Chez moi en banlieue parisienne

Comment as tu réagi à l’annonce du confinement ?  Alors, j’avoue tout : je n’ai rien suivi du début de la pandémie, c’est même un client qui m’a appris ce qui se passait ! (je n’ai plus la télé depuis Charlie, je ne supporte plus la laideur du monde, je préfère faire l’autruche, je vis mieux).

J’ai même dit en rigolant le 11 mars que pour moi, tout cela n’existait pas, tant que les écoles ne fermaient pas ! Le lendemain, Macron annonçait leurs fermetures ! Du coup, ça a été très violent ! 

L’annonce des annulations de salons du livre, comme Quais du Polar où je vais chaque année depuis 10 ans, puis celle de mon Salon du Polar “Rosny soit qui mal y pense” (projet sur lequel je bosse 6 mois de l’année) ont été des coups de massue. 

Déconfinée maintenant ? Oui, ENFIN ! J’ai repris mon travail de libraire samedi 30 mai.

Ces 78 jours à la maison ont été très durs à vivre, j’ai traversé cette période entre dépression et torpeur, j’ai tourné en rond comme un lion en cage, je n’ai pas été hyper sympa à vivre (merci à mon mari d’avoir trouvé le mode d’emploi avec moi quand moi-même, je ne l’avais pas, et à mes enfants d’avoir été aussi cool !).

J’ai 4 enfants et je me suis arrêtée de travailler 6 ans et demi pour être mère au foyer. Ce sont des années où je n’ai pas été très heureuse, ni épanouie car j’adore mon métier, je suis très investie et je ne me sens vraiment “entière et complète” que lorsque je peux être moitié maman-moitié libraire. 

Etre replongée en arrière, me retrouver de nouveau “coincée” à la maison comme il y a quelques années, m’a fait perdre pied. 

Moi qui exerce un métier où je vois beaucoup de monde tous les jours et qui me rends à beaucoup d’évènements, de soirées organisées autour d’auteurs, de lancements de livres, etc… ma vie sociale m’a manquée, les gens m’ont manqués, ma liberté m’a manquée, la vraie vie m’a manquée.

On m’a souvent dit quand je culpabilisais d’avoir ce discours là en étant mère de 4 enfants : “privilégie toujours la qualité à la quantité” et depuis que j’ai accepté que je ne serais jamais épanouie en Caroline Ingalls, tout va mieux ! 

Mes enfants savent à quel point j’aime et j’ai besoin de mon métier ; je pense même que ça leur donne eux-même le projet de trouver la profession qui va les faire vibrer plus tard.

J’ai été vraiment surprise pendant ce confinement de voir autant de gens “heureux” de ce qui se passait, j’entends : de devoir arrêter de travailler et rester confinés à la maison. Je me suis rendue compte à quel point beaucoup de personnes n’aimaient pas leur travail. Je me suis souvent sentie un peu seule à exprimer que pour moi, c’était le contraire, que j’étouffais à la maison et que, ne plus pouvoir travailler me déséquilibrait complètement.

Déconfite ? Pas du tout ! Heureuse ! La “presque vraie vie” revient… enfin !

J’ai l’impression de sortir d’un long tunnel, d’une espèce de parenthèse bizarre de ma vie, où à la fois, il ne s’est rien passé et en même temps, si. 

Il m’a fallu trouver des projets à court terme (et réalisables !) pour tenir le choc, pour ne pas être enfermée dans mon rôle de maman à faire des ateliers pâtisserie tous les matins avec mon fils de 5 ans et coacher les devoirs de mes trois collégiens, le reste du temps.

Le(s) truc(s) le plus inattendu que tu as fait pendant le confinement ? J’ai adopté trois cochons d’Inde auprès d’une association début mars, les enfants étaient fous de joie et puis… le confinement. Le 16 avril, le gouvernement a établi un décret permettant aux adoptants de pouvoir récupérer leur animal, j’ai donc fait un aller-retour en Normandie ce jour-là pour aller les chercher ! C’était bizarre et tellement surréaliste, les routes et les autoroutes étaient désertes et je me sentais comme une hors la loi en mode fin du monde ! Mais j’ai pu ramener Carlos, Banana et Papaya à la maison pour la plus grande joie des enfants !

J’ai aussi réinventé mon métier de libraire pendant ces trois mois. 

J’ai posté tous les matins sur les réseaux sociaux, mon coup de coeur du jour, un livre qui fait du bien, pris en photo dans le soleil de mon jardin ; j’ai lancé l’idée de faire faire une petite vidéo souvenir aux auteurs qui étaient invités à mon salon du polar et cela m’a occupé plusieurs semaines (le résultat est là : Rosny soit qui mal y pense 2020 – Auteurs confinés, merci à Nicolas Duplessier qui l’a réalisée) ; j’avais aussi depuis quelques mois l’idée de faire une sorte d’émission littéraire un peu décalée avec ma copine blogueuse Carobookine et finalement, c’était l’occasion ou jamais : on a lancé nos apéros Zoom avec un auteur invité afin de mettre en avant son livre sorti juste avant le confinement. Et on continue les rendez-vous tous les jeudis à 19H ! (si cela vous intéresse, toutes les infos sur mon compte Instagram carovallat !)

L’école à la maison c’était comment ? J’avais mis en place tous les matins avec Anne, ma copine instit, sa fille de 5 ans et mon fils du même âge, une heure de visio pour les faire travailler ensemble. C’était un super rendez-vous, ça occupait nos matinées et cela permettait aux enfants de ne pas perdre le fil avec l’école et les apprentissages.

Pour mes trois ados, ça a été plus compliqué. Les premières semaines alors que je voyais autour de moi d’autres parents s’exciter avec les cours en ligne et crouler sous des tonnes de devoirs, eux recevaient très peu de boulot à faire. Du coup, j’ai décidé d’être hyper zen ! Ils ont fait d’autres choses : cuisiner, jardiner, construire une cabane à oiseaux, bouquiner, faire de la musique, dessiner… Bon et puis il y avait le “problème” des écrans, les portables, les jeux vidéo… on a lâché beaucoup de lest et instauré des temps de connexion, ils ont bien géré.

Tu es libraire, comment se passe la reprise ? J’ai repris samedi dernier. J’ai retrouvé mon rayon, mes livres, mes “repères”. On est tous masqués, employés et clients, il y a des balisages par terre pour les sens de circulation, des plexi partout sur les plots vendeurs, on se sent à la fois en sécurité et muselés. Surtout qu’entre le plexi et nos masques, on ne s’entend pas en fait, on est obligé de faire répéter les demandes aux clients et on finit par hurler pour se comprendre !

Samedi matin, il y a eu peu de monde, j’ai pu installer les nouveautés que j’avais reçues, refaire mes tables, réorganiser mes livres, mes coups de coeur… J’ai eu la visite de plusieurs de mes fidèles clientes qui m’ont dit à quel point c’était long de ne pas se voir et de se réapprovisionner en lecture et qui sont reparties les bras chargés de livres ! 

L’après-midi, on a eu vraiment du monde. Les gens devaient attendre devant la Fnac et rentrer au compte goutte. J’avoue que c’est compliqué d’appliquer la distanciation sociale dans ces cas-là car avec l’excitation des uns et l’impatience des autres, les gestes barrières sont compliqués à respecter.

Tu as lu durant le confinement ? Je n’ai pas lu, j’ai dévoré… 32 livres ! Des romans et beaucoup de polars.

J’ai pu rattraper beaucoup de retard de ma PAL (Pile A Lire) et j’ai lu beaucoup de nouveautés qui vont sortir (un grand merci aux auteurs, éditeurs, relations-libraire avec qui j’ai travaillé pendant toutes ces semaines et qui m’ont envoyé leurs manuscrits en PDF).

Le rôle des livres selon toi durant de telles périodes ? Lire m’a permis de garder la tête hors de l’eau. Car j’ai sombré tout de suite, dès les premiers jours du confinement. Le premier mois, je lisais entre 3 et 5 heures par jour, souvent la nuit quand les enfants étaient couchés, j’étais en mode boulimique, j’ai lu quasiment un livre par jour.  

Puis j’ai installé un canapé dans le jardin, j’ai mis le garage, les voitures et les jouets de mon fils à côté de moi et on passait plusieurs heures l’aprem, côte à côte, la tête chacun dans nos passions !

J’ai l’impression, malgré ce qui se dit (les Français auraient lu 2,5 livres pendant le confinement) que pas mal de gens ont lu pendant cette période, beaucoup de posts de conseils ou de retours de lecture en témoignent sur les réseaux sociaux et il y a eu beaucoup de titres en rupture sur les sites marchands.

Les livres que tu attends le plus ? J’avoue que j’ai la chance d’avoir pu lire tous les livres que j’attendais impatiemment : Dicker, Minier, Thilliez, Martin-Lugand, Grimaldi, Ellory ! J’ai lu également des livres qui vont sortir cet automne ou en début d’année prochaine, ainsi que le dernier tome d’une trilogie qui paraîtra en octobre 2021 ! 

Je suis plus que prête à conseiller plein de livres !!!

Le seul que je n’ai pas encore lu et que j’attends avec beaucoup d’impatience est “Buveurs de vent” de Franck Bouysse.

Tes projets ? Reprendre le cours “normal” de ma vie, me remettre à faire 50 choses à la fois tout en gardant les bonnes idées du confinement (faire son pain soi-même, faire pousser des légumes et des fruits dans le jardin, faire des puzzles de 1000 pièces…!) et profiter à fond de la vie après cette piqûre de rappel que tout peut s’arrêter, d’un coup, d’un seul.

J’ai prévu une grande fête, que j’ai déjà décalé deux fois, et qui je l’espère, pourra avoir lieu le mois prochain et me permettre de revoir beaucoup de gens que j’aime et qui m’ont vraiment manqué.

Ton rêve à tout de suite ? Quelques jours toute seule !

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