L’interview du papa déconfiné : Jimmy Mohamed, médecin

Jimmy Mohamed est médecin généraliste. On le connait pour ses chroniques chez Cyril Hanouna et ses émissions sur la santé sur Europe 1.

Sur Twitter, ce papa de 3 enfants est suivi par près de 80.000 personnes et donne toujours des bons conseils avec bon sens et bienveillance.

J’ai voulu en savoir plus sur lui, sur sa période de confinement entre les devoirs et les patients et sur sa vision future du traitement de la covid !

Nom Mohamed

Prénom Jimmy

Age 32 ans

Situation de famille ? Marié

Age des enfants ? 7 ans – 4 ans – 1 an ( 3 garçons ! )

Métier ? Médecin

Lieu de confinement ? Seine Saint Denis

Comment avez vous réagi à l’annonce du confinement ? J’ai peut être vécu cela différemment car on voyait bien que la situation était incontrôlable. J’ai presque ressenti un soulagement en me disant que c’était la seule solution possible à ce moment là.

Et puis, je vais être honnête il y a eu un petit moment de flottement lorsque j’ai compris que les écoles n’allaient pas ouvrir avant la rentrée prochaine (nous nous sommes mis à compter sur les doigts le nombre de mois restant avant septembre).

Déconfiné maintenant ? Oui mais toujours vigilant ! On a beaucoup parlé des gestes barrières, parfois en infantilisant les gens. Force est de constater que cela contribue au contrôle de l’épidémie. On continue de faire attention, de limiter les déplacements inutiles même sil faut malgré tout essayé de retrouver un peu d’équilibre. La réouverture des écoles (très progressive avec un protocole militaire  sanitaire) était attendu de tous. Et surtout, maintenant que nous savons que les enfants sont très peu malades et peu vecteurs de la maladie, il n’y a plus ce sentiment de culpabilité.

Déconfit ? Pas vraiment ! J’ai l’impression étrangement que le confinement était il y a si longtemps ! Le mois de mars me semble tellement loin ! Alors que nous comptions les jours (il y avait même un décompte sur twitter avec un hashtag #Jour1Confinement), c’est comme si ça n’était presque jamais arrivé ! Probablement le fait de continuer à exercer mon métier tous les jours a contribué à ce que le temps passe plus vite.

Le(s) truc(s) le plus inattendu que vous avez fait pendant le confinement ? Déjà nous avons épuisé tous les super coloriages, jeux et activités dès la 2ème semaine du confinement (voir peut être la première!). Il fallait quand même que les enfants se défoulent un peu, nous allions donc dans le parking de l’immeuble faire du vélo. J’avais même acheté de petits plots pour leur faire un petit parcours !  Autre chose assez particulière, j’étais souvent en visite à domicile le soir et les applaudissements des Français à leur balcon à 20h restera un moment très fort.

L’école à la maison c’était comment ? Difficile ! Soyons honnêtes ! On n’imagine pas la patience des professeurs à l’école qu’ils peuvent avoir ! Faire les devoirs en temps normal c’est une chose mais là, c’était nettement plus compliqué. Nous avons très vite étalé l’école sur toute la semaine, parfois on rattrapait le samedi ou dimanche car certains jours c’était la cata ! Et en plus, nous avons pu travailler dans des conditions assez favorables et seul notre ainé de 7 ans avait de « vrais devoirs » , je n’imagine pas ceux qui n’avaient qu’un seul ordinateur pour plusieurs enfants à la maison.

Vous êtes médecin, on vous voit à la télévision, on vous écoute à la radio. Quel a été votre rôle durant cette période ? J’ai énormément ralenti mon exposition à la télévision. J’ai donc refusé certains plateaux TV car mon activité de médecin devait rester la priorité. J’ai malgré tout essayé d’informer et de vulgariser les informations que nous avions quasi en temps réel. Ce travail je l’ai fait sur C8 avec Cyril Hanouna dans  « Allo Baba » (une version d’allo docteur) où je répondais à des questions très pratiques de téléspectateurs et où je faisais un petit point sur l’épidémie ou certaines avancées.

Je co-anime aussi une émission santé sur Europe 1 « Sans Rendez-vous » et nous avons dès le début du confinement basculé en spéciale coronavirus.

Le reste du temps, je l’ai passé à exercer mon métier de médecin. Je travaille à Sos médecin Paris. J’ai quasi travaillé 7j/7 et tard le soir mais comme beaucoup d’autres soignants. La période était très particulière car nous n’avions quasi pas de masque, du gel hydro-alcoolique en quantité limité, pas de test à proposer aux patients et quasi pas de traitement… Au fur et à mesure, j’ai vu des confrères tomber malade et il ne passait pas un jour sans que je me demande quand cela allait me tomber dessus… avec la peur aussi de transmettre le virus à mes proches.

Quelques médecins médiatiques ont été vivement critiqués pour s’être trompés au début du confinement. Comment vous positionnez vous ? Je me suis trompé aussi. Je n’ai pas fait mieux que les autres. Je m’inclus donc dedans. Certains étaient probablement beaucoup plus exposés et donc forcément on regarde ce qu’ils ont pu dire.  Il faut aussi reconnaitre que ce virus a émergé aux alentours de décembre et qu’avant, personne ne le connaissait. Même les plus grands experts en mars n’avaient que 3 ou 4 mois d’expérience dessus… Et jour après jour, on a découvert de nouvelles choses… Personne ne savait qu’il y aurait près de 50% de personnes asymptomatiques (c’est à dire sans aucun symptôme), qu’on pouvait être contagieux pendant la période d’incubation (c’est à dire avant d’avoir des symptômes), la perte du gout et de l’odorat… Peut-être aurions nous plus dire un peu plus « je ne sais pas » quand on nous posait certaines questions.

Et le professeur Raoult on en parle ? Que pensez vous de lui ? De ses préconisations ? De son arrivée sur la place médiatique ? Pas grand chose. Je pense qu’il a le collier d’immunité médiatique. Il peut continuer de dire ce qu’il veut, il y aura toujours le camp des « pro Raoult » et des « anti Raoult ». Les opinions à son sujet n’évoluent que très peu. Il a dit, comme les autres médecins, des bêtises mais aussi des choses vraies. On peut lui reconnaitre la qualité d’avoir pu tester autant de monde à Marseille. Pour ce qui est de la chloroquine, si nous avions un traitement si facilement disponible, si peu cher, qu’on peut produire en grande quantité, sans effet secondaire, vous pensez que nous aurions confiné la moitié de la planète ? Que nous aurions eu autant de décès ? L’histoire de la chloroquine restera dans les livres d’histoire. Tout comme le Pr Raoult mon avis. Mais pas forcément pour les bonnes raisons.

Quels conseils de médecin avez vous envie de donner aujourd’hui ? C’est la minute « Magazine de la santé » mais on s’est rendu compte que le coronavirus touchait plutôt des gens avec des comorbidités comme l’hypertension artérielle, le diabète etc… Nous sommes beaucoup trop dans une médecine curative et très peu préventive. Il ne faut pas attendre d’être malade pour se soigner. Il est peut être temps d’anticiper, d’essayer d’arrêter de vouloir tout traiter avec des médicaments (sauf quand c’est nécessaire) et peut être revoir notre mode de vie ? Mieux manger, faire plus d’activité physique, moins de toxique…Est-ce que ce fameux monde de demain sera différent ?

Vos projets ? Recentrer mes activités médiatiques sur la santé, m’éloigner des débats d’actualité. Et continuer évidemment mon métier de médecin ! Pas de reconversion en vue !

Votre rêve à tout de suite ? Pas de 2ème vague !  Ou un vaccin efficace. Et surtout que le covid (enfin, la covid) ne revienne pas !

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