On ira se prendre un café après la fin du monde

Tu te souviens de l’époque où je te téléphonais en te disant « viens on se prend un café ? ». On se retrouvait au café, sourires aux lèvres. On s’embrassait sur les deux joues comme le font les françaises. On se commandait un café, toi parfois un chocolat viennois. On refaisait le monde en regardant les gens passer, en imaginant leurs vies, vers où ils allaient, vers quoi ils couraient. On riait, on parlait aux voisins de table, on demandait un autre café, un verre de vin.

On se stressait pour le bac qui arrivait ou plus tard pour ce job qu’on espérait.

Tu te souviens de mon parfum à la fleur d’oranger ? Le tiens sentait le musc blanc de chez Body Shop.

On se demandait comment obtenir le brevet, on avait 15 ans. Plus tard on se demandera comment obtenir notre année de droit ou notre BTS.

Parfois on prenait un verre de rosé, ça sentait l’été. Les gens fumaient autour de nous, ils riaient. Les jolies filles passaient, les beaux garçons les suivaient. Parfois une vieille dame nous demandait son chemin et quand on lui donnait, d’une caresse amicale sur l’épaule elle nous remerciait.

Parfois des copines nous rejoignaient, on se refaisait la bise. On aime bien se faire la bise. On aime bien rire fort aussi.

Tu te souviens, après on prenait le métro, on avait chaud, on avait froid, il y avait du monde, un musicien à la station Concorde.

On passait nos étés à la plage ou à la campagne en rêvant des enfants qu’on aurait un jour quand on rencontrerait le bon mec. On prenait le train, l’avion. Tu te souviens à l’époque il n’y avait pas de sécurité, il n’y avait eu ni attentats ni virus. Tu te souviens des boites de nuit, des soirées qui finissaient tard, de l’odeur du petit matin, de l’odeur de la liberté.

Parfois on mangeait des pâtes à 5h du matin.

Tu te souviens des cafés chez ta grand mère le samedi. 3,4 générations réunies autour du café. On s’embrassait, on riait.

Tu te souviens des cafés froids qu’on a pris chacune chez soi quand nos bébés avaient 6 mois et que les cafés forcément étaient toujours froids tant on avait à faire.

Tu te souviendras longtemps, je le sais, du premier café qu’on se prendra après tout ça. On se mettra en terrasse, on se fera un énorme câlin, on pleurera sans doute, on savourera plus que jamais le gout de notre liberté et de notre amitié.

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